Le jour où la terre s’arrête…

Le récit de KVV sur son épuisement professionnel

 

Au tout début

….. J’aimerais pouvoir commencer ce témoignage par vous donner une période à laquelle tout a commencé, mais pour le moment j’en suis incapable, car je ne m’en souviens pas.

Il faut que je fasse des recherches et que je trouve des points de repères pour retrouver si mon problème a été identifié il y a 3, 4 ou 5 ans…ou plus ? J’y reviendrai donc plus loin*

 

Travaillant pour un groupe de maisons de repos, j’étais responsable de la qualité et de l’hygiène des résidences du groupe pour toute la Belgique.

Partie de 0 lors de mon engagement, j’ai visité, relevé les superficies des immeubles, suivi les équipes de nettoyage et de cuisine, défini des budgets, choisi et testé des produits, du matériel, des machines, j’ai ensuite mis des procédures de travail en place, des horaires, démarré et suivi des programmes de travail avec les équipes et les directeurs de chaque maison, mis en place des contrôles qualités, suivi les budgets annuel, etc, etc, etc….

De A à Z, j’ai tout pris en charge, tout géré et tout suivi. Un travail que j’adorais, qui me passionnait et dont j’étais convaincue (et je le suis toujours d’ailleurs) qu’il était vraiment nécessaire.

En dehors des résidences existantes, le groupe a commencé à construire des nouvelles maisons. Certaines étaient des ajouts et d’autres permettaient à d’anciennes maisons devenues trop vétustes de fermer. Les grands nettoyages avant ouvertures étaient aussi des défis importants, car bien évidemment il n’y avait jamais de temps prévu pour les faire correctement, mais c’était passionnant et super motivant quant au final le résultat était correct, même si on y aura laissé quelques plumes.

Une très belle carrière jusque-là, beaucoup de motivation, d’ambition, de fierté

Oui, mais il n’y avait pas que cela.

Maman de 3 garçons (que j’adore et admire), j’avais également une vie privée bien remplie et également très importante à mes yeux et dans mon cœur.

Il n’était pas exceptionnel que nous soyons 5 à 7 à table tous les soirs, dépendant si les amies de mes fils mangeaient avec nous ou pas. Elles ont toujours été les bienvenues et je me faisais une joie de cuisiner pour cette magnifique table.

Et puis,

sans crier gare,

un jour tout a basculé

 

La terre s’est arrêtée et je me suis retrouvée au bord du précipice

Résultat : je me suis retrouvée à l’hôpital pour analyse de mon sommeil, qui n’est jamais venu d’ailleurs, suivie par un spécialiste (que je remercie aujourd’hui, bien que pas du tout à l’époque) qui ne m’a laissé que 3 possibilités :

  • Rester à l’hôpital
  • Prendre des antidépresseurs et me mettre au repos (que je refuse formellement car les antidépresseurs sont une « crasse » dont j’ai mis longtemps à me séparer après le décès de mon papa quand j’avais 15 ans. Je n’y toucherai plus jamais)
  • Allez voir un psy

Ayant refusé les 3, le spécialiste m’a clairement fait comprendre que je ne sortirais pas de la clinique sans avoir fait un choix. J’ai donc opté pour la 3ème proposition, bien qu’à mes yeux les psys sont (étaient) des voleurs…

 

Dès le lendemain j’avais un rendez-vous chez Docteur F (nb : je mets F pour ne pas la nommer et aussi surtout parce que je ne me souviens pas du tout de son nom, ni prénom. Je me souviens bien, par contre, de la localisation de sa consultation)

A l’heure convenue, elle m’a reçue dans un petit local avec fauteuils (bien-sûr), table de kiné, bureau et petite bibliothèque.

Je lui ai tout de suite laisser entendre que je ne croyais pas du tout à cette séance et qu’ayant déjà énormément de mal à me confier à mes proches sur ce que je vivais, il était tout à fait hors de question que je me confie à une inconnue… Le décor était planté !

Les séances avec la psy ont petit à petit évoluées. J’admire aujourd’hui la manière très terre à terre dont elle a fait preuve pour s’y prendre avec moi car sans cela jamais cela n’aurait fonctionné. Elle était très douée et j’ai fini par me confier. C’était une personne simple, sans chichis, habillées un peu dans mon style et ayant son petit local très sobre. Rien à voir avec les consultations dans les films

Bien plus tard je me suis rendue compte et j’ai compris que ce moment extrêmement difficile et long avait aussi été vécu et ressenti par mes proches.

Surtout mon mari, que j’admire pour m’avoir supportée, soutenue et respectée. Je lui avais imposé de ne pas dire clairement aux enfants ce que je vivais, et encore aujourd’hui je ne suis pas convaincue qu’ils ont vraiment compris qu’elle était cette situation déplorable, incontrôlable, d’échec…durant laquelle j’ai fini par me disputer avec tout le monde et durant laquelle j’ai aussi couper les ponts avec tous. Un enfer

Pendant toute cette période j’ai continué à travailler, même si je levais sérieusement le pied… Me mettre en repos maladie, chez moi, et n’avoir plus aucun contact, aurait été la pire des choses. Mon médecin l’ayant bien compris et ma profession pouvant s’organiser différemment que sur base d’un « 9 to 5 », ceci n’était finalement pas un souci. Vu aussi que je me rendais en moyenne 5 à 6 fois par an dans chaque résidence, mon état et mon comportement n’inquiétait finalement pas grand monde car on ne me côtoyait pas de manière régulière

Petit à petit et avec beaucoup de temps je m’en suis sortie…enfin, c’est ce que j’ai cru !

J’avais décidé de changer de travail et c’est ce que j’ai fait tout en restant dans le même secteur. Aujourd’hui je pense que j’avais pris cette décision par besoin de changement et afin de me booster un peu. Ce changement s’est avéré avoir été un mauvais choix et j’ai une nouvelle fois décidé de changer de travail car finalement je n’en pouvais plus des trajets, des routes, des files, des nouveaux contrats et défis très éprouvants à mettre en place auxquels je consacrais entre 50 et 70 heures par semaine. Cette fois ma recherche s’est orientée vers un job près de chez moi. Un job plus administratif et avec des heures de travail acceptables. Et j’ai trouvé ! A 1km de la maison : plus de voiture de société, mais mon vélo pour y aller tous les jours.

 

Et en 2016

Début 2016, j’ai commencé à fortement m’inquiéter car ayant été patiente, voire très patiente jusque-là je commençais à mettre en doute mes capacités mentales.

*Renseignements pris : mon burn-out (mot que je n’ai pas réussi à prononcer, ni à accepter avant 2016 !) avait commencé fin 2012 et était à son point culminant vers mars 2013. C’est aussi à partir de ce moment-là que j’ai suivi un traitement.

En 2016, j’estimais donc avoir fait preuve d’une très grande patience et pourtant, je suis retournée consulter des spécialistes car j’avais un très grand problème de concentration et j’étais devenue incapable de retenir les choses.

Ce qu’il faut savoir c’est qu’avant mon burn-out j’étais quelqu’un de très organisé, de carré, ayant une très bonne mémoire et de ce fait j’étais assez intransigeante vis-à-vis des comportements des autres qui à mes yeux faisaient peu d’efforts, voire étaient fainéants. Me retrouver dans cette situation de « non contrôle » était pour moi quelque chose d’affreux et de difficile.

J’ai donc passé toute une série d’examens (radios, scan…je ne connais pas les noms), et de tests de la mémoire avec pour seul résultat que tout était « normal » aux yeux des médecins. Je devais accepter mon état qui n’avait en soit rien de problématique et je devais être moins exigeante vis-à-vis de moi-même. Il semblerait que finalement ce soit le manque de confiance en moi, suite à mon burn-out, qui me « bloquait » dans cet état.

 

Et aujourd’hui

Aujourd’hui, en juillet 2017, soit presque 5 ans après que tout a commencé, à 50 ans j’ai fait des progrès :

  • Je reconnais avoir fait un burn-out. J’arrive à le dire (petit nœud dans la gorge quand même encore) et aussi à en parler avec mon mari et 2 amies très proches, mais je n’en ai jamais parlé avec mes enfants (là je n’en vois plus l’intérêt d’ailleurs).

J’ai éprouvé le besoin d’en faire part via ce témoignage

  • J’arrive à m’organiser différemment et je commence à accepter d’être différente.

J’accepte mon état car je n’ai pas le choix.

Je reste convaincue aujourd’hui que non, je ne bloque pas par manque de confiance en moi (comme diagnostiqué l’année dernière), mais que j’ai bien eu un problème et que celui-ci est irréversible. Je ne suis pas médecin et je ne sais donc pas expliquer cela autrement que comme si j’avais eu un court-circuit dans la tête et que je m’en sort avec quelques câbles grillés.

Ceci va à l’encontre de ce que lis sur internet concernant toutes ces personnes qui s’en sortent très bien et sans séquelles après un burn-out. Ces témoignages sont-ils destinés à redonner confiance aux lecteurs ? En tout cas, chez moi cela ne marche pas et les séquelles sont clairement présentes

Au niveau de mon organisation : je note tout. Je rédige des procédures de travail, j’ai des mémos dans mon téléphone, des post-it  partout…et avec tout cela je m’en sort car je suis toujours incapable de retenir et de me concentrer (à moins d’un effort énorme qui n’est que de très courte durée)

Et finalement, ce que j’oublie, j’essaie de l’accepter

Ceci est par contre beaucoup plus difficile pour mes proches qui ne m’ont jamais connue aussi « distraite et égarée » et ils n’hésitent pas à me le dire (il y a encore du travail ! mais j’arrive à en sourire, ce qui est le principal)

  • J’ai changé de travail une nouvelle fois début 2017 car finalement un job administratif 9-5 entre 4 murs me rendait complètement folle. Je me sens très bien dans cette nouvelle société pour laquelle je travaille 2 à 3 jours chez moi et le reste en clientèle. C’est un parfait équilibre
  • J’accepte les différences chez les autres. Et je me sens gênée et coupable d’avoir, par le passé été aussi exigeante envers tout le monde : à commencer par mes enfants, mon mari, mes collègues

Je suis désolée

  • J’ai fait la paix avec certain car ils ont compris, et je ne la ferai probablement jamais avec ceux qui ne comprennent pas et ne comprendront jamais : c’est probablement un signe
  • Je prends du temps pour moi. Je fais du yoga au minimum 2x/semaine et cela me fait un bien fou car je suis devenue incapable de gérer le stress
  • J’apprécie à leurs justes valeurs les choses simples de la vie et la beauté de la nature

Et il me reste encore des progrès à faire :

  • Continuer mon chemin « d’acceptation » et ne plus me prendre la tête en ce qui concerne mon état.

Surtout arrêter de comparer avec « avant »

  • M’excuser pour ce que j’ai fait endurer à une personne en particulier, avec laquelle aujourd’hui j’ai des contacts réguliers mais avec laquelle je n’ai pas réussi à aborder ce passage difficile et auprès de laquelle je ne me suis pas encore excusée. Difficile, mais j’y travaille
  • Arrêter de m’en vouloir pour ce qui m’est arrivé et tout ce qui s’est passé
  • Eviter le stress et les situations stressantes car je suis devenue incapable de les supporter
  • En parler à mes enfants ? Je ne sais pas…..

 

Merci KVV pour ton témoignage, n’hésitez pas à lui laisser un commentaire en retour

1 Comment
  • Anni
    août 1, 2017

    Oui en parler à vos enfants c’est une bonne chose mais avant tout leur pardonner et vous pardonner ce n’est pas la même chose que accepter.
    Nombreuses sont les personnes qui de part leurs témoignages ont clairement mis sur un piédestal les bienfaits du pardon sur leurs maux quelque soit le degrés de leur souffrance. Accepter c’est avoir conscience d’une réalité que l’on sait inévitable mais pardonner c’est passer au delà de ce que vous qualifiez d’irréversible. C’est pas facile de pardonner et concernant ma personne j’ai mis tellement longtemps à être franche avec moi même.
    Vous êtes une personne courageuse, forte et parfois dure avec vous même car j’ai cru comprendre que vous l’étiez avec certaines personnes et je ne pèse pas mes mots si je vous dis que vous êtes entrain de devenir la véritable version de vous même c’est-à-dire une personne formidable.

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