J’avais la sensation de ne plus être dans mon corps

– Jusqu’à ce qu’un jour mon cerveau ne fasse « écran bleu » –

A

 

ujourd’hui c’est avec Ruben que nous faisons connaissance. Il va nous parler de son histoire, qui d’ailleurs ressemble sensiblement à la mienne. Je tiens à le remercier de s’être livré à nous !

 

Salut est-ce que tu peux te présenter aux lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Rub, j’ai 30 ans et je suis cadre commercial.

Je suis à la base une personne énergique et très forte mentalement, j’ai toujours franchi les étapes de la vie facilement (sans vouloir me vanter) et me pensais invincible. J’étais workoholic, je passais énormément de temps sur mon portable, mon ordi, ma console, voyageais beaucoup, dormais peu… jusqu’à ce qu’un jour mon cerveau ne fasse « écran bleu ». C’était (déjà) il y a 9 mois. Aujourd’hui ma vie a changé.

 

Peux-tu nous raconter un peu comment tout à commencé ?

Un peu comme toi Niko, tout a commencé par une grosse crise de panique au volant alors que je suis habitué à faire de la route. Puis petit à petit j’ai senti un mal être s’installer en moi, au début essentiellement sur l’autoroute. J’ai d’abord cru à une phobie de l’autoroute. Puis j’ai ensuite commencé à sentir des vertiges quand je sortais en ville.

En checkant les forums (chose que je déconseille à tout le monde de faire et que j’ai arrêté depuis que je connais le mal dont je souffre) j’ai pensé souffrir d’agoraphobie. Puis de fil en aiguille mes symptômes (mal derrière la tête, transpiration intense, sensation de brouillard, vertiges) ont évolué, se sont généralisés et ont commencé à me pourrir la vie. J’étais angoissé 24h/24.

J’avais la sensation de ne plus être dans mon corps, d’être constamment absent.

Impossible de me concentrer même sur une petite tâche, impossible de communiquer lors des repas entre amis ou avec la famille. Très dur à vivre quand on est quelqu’un de sociable et positif à la base.

J’ai d’abord pensé que la cause venait de mon travail, car j’avais changé de job suite à un déménagement et celui-ci ne me plaisait pas. J’ai donc arrêté après 5 mois. Et là malheureusement, ma situation a empiré. Difficultés à m’endormir, réveils fréquents, cauchemars, impossibilité à sortir du lit le matin, je ne pouvais plus conduire ni même sortir de chez moi.

La moindre obligation de sortir de mon lit, comme aller chez le docteur m’angoissait des jours à l’avance. Et là on commence à se poser des questions vraiment noires :

  • Si je perds en autonomie au fil des jours, jusqu’où je vais aller ?
  • Y-a-t ’il un avenir pour moi ?
  • Comment pourrais-je retravailler un jour ?
  • Ma copine va me quitter c’est sûr ! Je fais honte à ma famille…

Puis est arrivée la phase la plus difficile, celle de la dépression flagrante avec des pleurs tous les jours et la culpabilité d’être dans un tel état. Plus envie de rien, je ne faisais strictement que survivre.

Puis un jour, au bout de 6 mois, ma famille qui n’en peut plus de me voir dans cet état m’emmène chez le docteur et là la LUMIERE, enfin !

Les maux dont vous souffrez ainsi que votre état général peuvent paraître impressionnants mais sont très classiques, j’en vois toutes les semaines des cas comme vous. Cela se soigne et ne laisse pas de séquelles. Il va être patient et me faire confiance, les anti dépresseurs ont mauvaise réputation mais sont nécessaires dans votre état

 

Ou en es-tu aujourd’hui ?

J’ai découvert grâce à mon médecin, celui que j’appelle mon meilleur ami (même si c’est temporaire et que j’espère ne plus le revoir d’ici 6 mois), le Seroplex. 1 cachet de 10mg par jour, aucun effet indésirable sur moi. Il m’a rapidement permis de remonter la pente et je vis un peu plus normalement depuis 6 semaines que je le prends.

Il reste bien l’effet « cerveau fracassé » et les transpirations excessives, mais les angoisses ont globalement disparu et j’arrive de nouveau à reprendre une vie sociale. Je suis capable de prendre le train, d’aller au restaurant, au cinéma, de faire du sport, de conduire (sauf longues distances autoroute)…

Bref je redeviens un être humain même si je suis à peine proche des 50% de l’homme que j’étais il y a 1 an. J’ai même repris cette semaine un poste temporaire en télétravail dans la boite dans laquelle j’ai bossé les 3 dernières années.

Mais mon meilleur médicament reste ma famille et ma copine. Ce sont mes psys à moi (j’en ai vu des vrais qui m’ont dit des tas de choses différentes) et je n’en serais à coups sûrs pas là où j’en suis sans leur aide. Et même si ça a été très dur pour eux  (je pense sincèrement que les gens capables de supporter un « burnouté » méritent une médaille) ils ne m’ont jamais lâché.

Ma famille n’allait bien sûr pas me renier mais n’était pas obligé de faire autant de choses pour me sortir de mon état. Quant à ma copine, qui n’a signé aucun contrat de mariage avec moi, gagne autant sa vie que moi et est une personne extraordinaire, elle n’a cessé d’être à mon écoute, sans porter de jugements et sans me mettre plus de pression que ça pour m’en sortir.

Pour remettre mon corps et mon cerveau en route j’ai fait énormément de mots croisés, suis allé courir 2-3 fois par semaine dans les champs et me suis isolé de la ville qui me mettait une pression d’enfer. Mais ma meilleure décision a été de réduire drastiquement mon temps de sur ordi, téléphone….

 

Un conseil que tu donnerais à des personnes dans la même situation que toi

Classique mais « ne perdez pas espoir ». Ce fichu « écran bleu » a beau vous donner l’impression que vous n’êtes plus un être humain digne de ce nom et que vous allez y rester il ne peut en aucun cas gagner, car un jour ou l’autre quand vous vous sentirez moins fatigué et que vous serez prêt votre vrai visage ressurgira.

Si vous êtes une personne exigeante envers vous-même, réduisez la pression que vous vous mettez. Apprenez à vous féliciter du moindre changement positif. Je n’ai jamais été aussi fier de moi qu’après avoir fait 20 minutes d’autoroute il y a deux semaines alors que ça peut paraître dérisoire à tout le monde J

Je ne sais pas si ce burnout me laissera des séquelles mais je sais qu’il est arrivé pour une raison. Il m’a permis de comprendre énormément de choses sur moi-même, sur la vie en général et m’a donné envie de profiter encore plus de l’instant présent et des gens que j’aime.

Je n’ai jamais eu autant de projets que depuis que je sors (très doucement) de cet immonde état. Bref après le burnout il y a la vie !

Merci à lui, n’hésitez pas à lui laisser un commentaire et à partager son histoire. C’est un message d’espoir pour toutes les personnes qui pensent ne pas pouvoir remonter la pente !

À votre santé

niko

 

1 Comment
  • Odile
    janvier 23, 2018

    Bonjour,
    Votre expérience m’a vraiment émue. Je me retrouve beaucoup dans ce que vous avez vécu.
    Un grand merci pour votre témoignage. Vous redonnez espoir.

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